Andrew Tribute
Opinion

24/02/10 à 00:00 - Mise à jour à 23/02/10 à 23:59

Une vraie solution pour la meilleure qualité d'impression

Le tramage compte parmi les sujets qui ont le plus mobilisé les experts techniques de l'industrie graphique. Le tramage a aussi représenté l'une des meilleures sources de revenus pour les juristes collaborant avec les fournisseurs du secteur.

Au fil du développement des techniques de tramage, nous sommes passés du tramage conventionnel au tramage numérique. Avec l'émergence du scannage couleur numérique, sont arrivées les premières trames générées par ordinateur. La lutte a dès lors opposé le tramage "rationnel" et "irrationnel", dépendant de la taille de la cellule où était généré le point de trame et de l'angle qui pouvait être obtenu.

La bataille a encore gagné en intensité avec le PostScript, chaque fournisseur de RIP PostScript proposant sa propre version du tramage rationnel et irrationnel. Chacune de ces méthodes présentait, sous la loupe, le patron de rosette typique du tramage. La plupart d'entre elles présentaient aussi, dans certaines circonstances, un effet de moiré ou de distorsion chromatique. Ce type de tramage est appelé tramage AM.

L'évolution suivante fut l'introduction du tramage stochastique, également dit à "modulation de fréquence" (FM), avec des points de trame dans une variété de tailles limitée, produisant un patron d'apparence aléatoire. À nouveau, chaque fournisseur défendait sa version du tramage FM pour obtenir différents patrons. La méthode sans doute la plus connue, et l'une des plus ardemment promues, fut Staccato de Creo (aujourd'hui Kodak).

Agfa proposa ensuite une nouvelle étape avec son approche de tramage hybride, sous le nom de Sublima, combinant tramage AM et FM dans la même image. L'idée était de bénéficier des avantages des deux méthodes, même si cela impliquait aussi les limites des deux méthodes. De ce que je sais, il semble que si l'approche d'Agfa n'a pas été suivie par tous les autres fournisseurs, c'est que les brevets étaient très stricts et les licences de la technologie en question plutôt coûteuses. Beaucoup d'autres approches du tramage ont été tentées pour obtenir le "demi-ton ultime", dont le tramage concentrique d'Esko Artwork est un bon exemple.

Auraia

Le développement dont il est question dans cet article est l'oeuvre d'un expert du PostScript, Andy Cave, de Hamillroad Software. Beaucoup de gens l'ignorent, mais Andy fut à l'origine du développement du RIP Harlequin. Il fut aussi le principal architecte des logiciels du pôle impression, dans la même société. Son nouveau développement, Auraia screening, appartient à une nouvelle classe de tramage développée par Hamillroad Software, dite à "modulation numérique" (Digital Modulation ou DM). Exploitant l'énorme puissance de calcul des ordinateurs modernes, le tramage DM est ainsi nommé parce qu'il module numériquement chacun des pixels qu'il génère, plutôt que de répéter un même patron de points (comme le tramage FM) ou de distribuer les points de manière aléatoire (comme le tramage FM). Le résultat revendiqué est un tramage de qualité "jamais vue", facile à reproduire sur la plaque et sur le papier, en utilisant n'importe quel système CtP (thermique, violet ou à jet d'encre).

Le système de tramage analyse chaque pixel produit pour vérifier qu'il n'est pas trop petit pour être reproduit sur la plaque ou imprimé, qu'aucun "non point" n'est trop petit pour remplir l'espace et qu'aucun point ou "non point" n'est assez grand pour être visible. Les points sont générés de manière contrôlée, de sorte que chaque détail soit placé exactement à la bonne place, que les dégradés soient lisses et les aplats uniformes. Le système module chaque pixel pour garantir l'élimination de tout engraissement du point, ce qui se traduit par la disparition complète de tout artefact, moirage ou granulation. Andy Cave affirme de la sorte pouvoir obtenir une qualité d'impression jusqu'à présent inégalée, surtout sur les systèmes CtP à lumière violette.

Non seulement les problèmes de moirage et de granulation sont éliminés, mais l'effet de bande dû au calibrage de l'engraissement du point et de l'absorption d'encre disparaît lui aussi. Ces points minutieusement générés produisent des imprimés d'une qualité équivalente à une trame traditionnelle de 350 lpi à 2.540 dpi, avec un niveau de détail incroyable à travers toute l'image. Les détails dans les hautes et les basses lumières sont eux aussi d'un niveau rarement atteint (0,5 % dans les hautes lumières et 99,5 % dans les ombres, selon le fournisseur). Et le procédé ne réclame pas les conditions d'impression particulières du tramage FM de très haute qualité.

Un produit pionnier ?

Auraia est disponible en plug-in pour les RIP Harlequin versions 6, 7 et 8, tant sur PC que sur Mac. La version 8.1 est recommandée pour son tramage en 16 bits réels, offrant plus de 50.000 valeurs de gris. À ce jour, le tramage Auraia a été testé sur un certain nombre d'insoleuses de plaques ECRM et de presses Presstek DI.

ECRM en a fait le commentaire suivant : "Il n'est pas fréquent qu'un nouveau produit de tramage ait un impact aussi positif sur l'activité d'une petite imprimerie commerciale. Cela commence par la mise en oeuvre sur presse, qui est facile, et cela va jusqu'au fait que le tramage atteint 0,5 % dans les hautes lumières et 99,5 % dans les ombres. Ajoutons-y les avantages en économies d'encre et l'élimination du moiré ; cela donne un produit qui permet aux petites et moyennes imprimeries d'être compétitives là où elles n'ont jamais pu l'être."

De même, l'un de spremiers utilisateurs du tramage Auraia, Haakon Amundsen, p.d.g. d'Eiker Trykkeri en Norvège, s'enthousiasme : "Nous avons clairement remarqué une amélioration de la qualité depuis que nous utilisons le tramage Auraia. Les détails des ombres et des lumières sont meilleurs, les logos et les aplats sont incoyablement réguliers. La disparition des problèmes de moiré est elle aussi bienvenue. C'est un avantage appréciable dans le cadre de la rude concurrence actuelle."

À ce jour, Auraia se prête uniquement au CtP, parce qu'il exige une énorme puissance de calcul. Et même avec un processeur puissant, il faut une dizaine de secondes pour tramer une forme-test SWOP en haute résolution. Andy Cave est cependant convaincu que, grâce au développement de la technologie de tramage et à l'augmentation de la puissance de calcul des RIP, la technique conviendra aussi à l'impression numérique dans un futur proche. Entretemps, les tests se poursuivent afin de la rendre compatible avec une plus large gamme de systèmes CtP, et on examine la possibilité d'étendre sous licence le tramage Auraia à d'autres plateformes RIP que Harlquin.

Il est encore trop tôt pour évaluer pleinement cette nouvelle méthode de tramage. À première vue, cette technologie pourrait représenter une véritable avancée, qui pourrait mettre l'impression couleur de très haute qualité à la portée d'un très large nombre d'imprimeurs. Si tel est le cas, on pourra vraiment parler d'un produit pionnier.