Le marché du grand format offre de plus en plus d'espace aux revendeurs. Ce qui est dû largement aux possibilités d'Internet et à leurs corollaires: l'intégration et l'automatisation des processus. De plus en plus souvent, les commandes passées sur les sites Web sont directement envoyées au producteur, qui gère l'ensemble du processus.
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Le marché du grand format offre de plus en plus d'espace aux revendeurs. Ce qui est dû largement aux possibilités d'Internet et à leurs corollaires: l'intégration et l'automatisation des processus. De plus en plus souvent, les commandes passées sur les sites Web sont directement envoyées au producteur, qui gère l'ensemble du processus. Cette évolution permet à de petites entreprises de proposer une offre élargie. Et cela vaut aussi en dehors du secteur. Un club de foot, par exemple, peut proposer des tee-shirts personnalisés sur sa boutique en ligne sans intervenir le moins du monde dans leur production. Les organisations conservent ainsi les mains libres pour (continuer à) offrir des services uniques. Dans le même temps, la pression sur les fournisseurs s'est accrue. Ils doivent simplifier les procédures de commande, augmenter les vitesses de production et standardiser les processus. Le marché du grand format suit ainsi un chemin balisé par d'autres secteurs avant lui. L'industrialisation rend le secteur plus mature - même si des progrès restent à faire. La Fespa d'Amsterdam s'adresse au visiteur passionné d'innovation et en quête d'efficience. L'espace nous manque pour livrer un aperçu exhaustif des 480 participants au salon. Aussi nous limiterons-nous à quelques grands noms. Agfa, ex-géant du segment graphique, se détourne de plus en plus des imprimeries pour se recentrer sur le grand format, les emballages, le secteur médical et les marchés d'applications industrielles. Sa présence à Amsterdam est dès lors somme toute logique. Choisir, c'est renoncer, dit l'adage. Agfa, qui semble porter moins d'intérêt aux presses d'entrée de gamme pour le marché du grand format, viendra à la Fespa avec l'Anapurna H3200 modernisée. Cette imprimante jet d'encre convenant pour des supports jusqu'à 3,2 m de large a fait ses débuts en février au C! Print de Lyon. À l'instar de ses devancières, la machine embarque six couleurs d'encre plus le blanc et utilise un séchage par LED UV. La différence réside dans la vitesse de ce modèle, capable de produire jusqu'à 66 m2/h. Une autre nouveauté est la possibilité de charger les panneaux en continu, la machine pouvant en imprimer jusqu'à quatre en même temps. Les présentations annoncées à Amsterdam seront notamment placées sous le signe du partenariat récemment conclu entre Agfa et EFI. Agfa intègre les systèmes jet d'encre rouleau-rouleau d'EFI, qui va de son côté vendre les imprimantes jet d'encre hybride haut de gamme d'Agfa. On peut donc s'attendre à ce que chacune des deux parties expose des machines de l'autre sous sa propre marque. De quoi leur permettre à l'une et l'autre d'élargir leur accès respectif au marché. Dans un entretien accordé au quotidien économique De Tijd, la porte-parole Viviane Dictus a confié qu'Agfa table sur un résultat positif pour sa division Digital Print & Chemicals. Celle-ci avait encore généré 372 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2022. Le partenariat avec EFI est censé y contribuer à hauteur de 15 à 20 millions d'euros jusqu'à la mi-2025, après quoi il rapporterait de 30 à 40 millions d'euros par an. Un exposant moins régulier à la Fespa signe son retour à Amsterdam. Ricoh y présente pour la première fois une imprimante hybride exploitant une technologie numérique de marque Flora. Sont également annoncés sur le stand, le système d'impression à encres latex Ricoh Pro L5160e et l'imprimante UV Ricoh Pro TF6251 hybride, c.-à-d. combinant les modes rouleau-rouleau et à plat. Les deux modèles embarquent des encres à séchage rapide et s'adressent aussi bien au marché graphique qu'au secteur industriel. Dans son communiqué pré-Fespa, Ricoh se présente explicitement comme un pourvoyeur de solutions d'impression sur textile. Une encre DTF (Direct To Film) a ainsi été mise au point, ainsi qu'une technologie à "agitateur de poudre", lesquelles, dit Ricoh, permettent à son nouveau système d'associer vitesses élevées et faible CTO. L'imprimante DTG (Direct to Garment) est une première européenne pour l'impression de textiles polyester destinés à la confection de vêtements (tenues de sport). Il sera intéressant de voir si Ricoh se profilera pendant la Fespa comme un acteur qui compte sur le marché du grand format. Nul doute que son rôle sur le marché graphique sera largement jaugé pendant la Drupa. Lors de la Sign & Print Expo de l'an dernier à Gorinchem (Pays-Bas), le stand de swissQprint était placé sous le signe de la créativité. Les machines y ont produit des impressions en relief et des tirages pouvant passer pour d'authentiques peintures, qui ont servi à attirer le chaland. Disposant depuis quelques années d'une filiale propre pour le Benelux, le constructeur helvétique ne pouvait se permettre une absence à Amsterdam. Sur le stand, on pourra admirer la Kudu, dernière imprimante à plat de swissQprint. Cette machine produit jusqu'à 304 m2/h en dix couleurs sur 3,2 mètres de large. Également annoncée, la Karibu est alimentée par rouleau et offre le blanc et le vernis comme possibilités supplémentaires, dit swissQprint. Cette imprimante est équipée pour créer les textures et les reliefs susmentionnés et convient aussi pour les visuels rétroéclairés. Toutes les machines peuvent imprimer des couleurs fluo. Un espace spécialement réservé sur le stand de la Fespa montrera les effets rendus possibles avec ces couleurs flashy. Quand cet article a été rédigé, le nom de Durst ne figurait pas sur la liste des participants. Si le constructeur semble avoir déclaré forfait avec ses grosses machines LFP, ses logiciels se retrouvent en tout cas sur le site de Pixia. Ce fournisseur d'imprimantes et de matériaux établi à Vianen (Pays-Bas) partage son stand avec Vanguard Europe. Vanguard ambitionne de reproduire sur le marché européen le succès de la maison mère américaine, qui dit avoir vendu mille installations aux États-Unis. Différentes machines seront visibles sur le stand, dont l'une sera présentée pour la première fois dans un salon. Lors de la précédente édition de la Fespa, Durst avait déjà fortement mis l'accent sur les solutions logicielles. Celles-ci avaient été mises au point à l'origine pour le compte d'un gros client, pour ensuite être commercialisées sur la lancée. Durst Software & Solutions déploie ainsi l'ensemble de sa gamme sur le stand de Pixia et Vanguard: création de fichiers, prépresse, web-to-print et analyse des données. À la Fespa d'Amsterdam, Mimaki Europe joue sur deux tableaux: au complexe d'exposition RAI, mais aussi en son Experience Cente situé à une dizaine de minutes de là. Des visites guidées du Centre d'expérience de Mimaki sont organisées quotidiennement. "Les visiteurs ont la possibilité d'explorer l'ensemble de l'assortiment de Mimaki en matière de technologie d'impression graphique, signalétique, textile et 3D. Ils ont également droit à des démonstrations exclusives de deux nouveaux produits pas encore commercialisés, qui vont permettre aux entreprises actives dans la signalétique de continuer à élargir leur offre de services", promet l'entreprise. Au salon, Mimaki lance un système innovant d'impression industrielle sur textile au "Sustainability Corner". Le fabricant japonais aligne par ailleurs sa gamme UV écoénergétique, avec les récentes UJV100-160Plus et UCJV330-160, un système intégré d'impression-découpe et une nouvelle venue dans la série 330. La dernière-née de la famille Mimaki est l'imprimante DTF (Direct-To-Film) TxF300-75, exposée pour la première fois dans un salon européen. Mutoh présente la nouvelle XpertJet 1462UF de format A1+ à Amsterdam. Cette imprimante LED UV à plat 6 couleurs (CMJN+blanc et vernis) est équipée d'un portique mobile et d'un plateau à quatre zones aspirantes de 1 420 x 700 mm. Capable d'imprimer sur des objets jusqu'à 150 mm d'épaisseur, elle peut supporter des supports jusqu'à 50 kg/m2 et offre une grande flexibilité dans le choix des supports. L'XpertJet 1462 UF embarque deux têtes d'impression décalées et deux nouvelles lampes UV de 4 pouces destinées à augmenter sa productivité. Elle est pilotée par le RIP logiciel VerteLith de Mutoh. Le constructeur japonais présente par ailleurs à Amsterdam les imprimantes XpertJet SR PRO destinées au marché du Sign&Display: les XpertJet 1641SR Pro et XpertJet 1682SQR Pro de 64 pouces de large. La Fespa arrive un poil trop tôt pour la série Q-Line de Zünd. Cette machine sera à découvrir un peu plus tard dans l'année, à la Drupa de Düsseldorf. À Amsterdam, il s'agit d'autre chose: à savoir, la mise sur le marché d'une forme d'automatisation pouvant aussi s'ajouter à des systèmes existants. C'est ainsi qu'on pourra voir à la Fespa, les tables S3 L-1600 et G3 XL-1600 équipées d'une solution robotisée de tri automatique et d'un système d'inspection par caméra opérant par-dessous. Le tri robotisé s'inscrit dans la tendance de la distribution sélective. L'impression en amalgame constitue en effet aujourd'hui plutôt la règle que l'exception. Il arrive donc souvent qu'il faille regrouper différents produits pour un même client avant de les lui expédier. En même temps, la demande de produits personnalisés continue d'augmenter. Le tri de ces commandes est chronophage et fastidieux. Une tâche que le robot peut assurer moyennant un encodage approprié des données. La production peut en outre se poursuivre après que la dernière équipe est rentrée chez elle. Une caméra fixée sous la table de découpe évite un autre type de manipulations. Une fois le matériau chargé, la caméra lit la partie imprimée et la machine sait où elle doit couper et rainer. Il n'est plus nécessaire de retourner le support. Le principe de rendre de nouvelles applications possibles sur du matériel existant découle de la stratégie de Zünd qui vise à préserver la base originelle de ses machines. Celles-ci conservent ainsi la possibilité d'évoluer à plus long terme et gardent de la valeur, également sur le marché de l'occasion. Bien d'autres choses encore seront à voir dans le domaine de la découpe numérique. Le constructeur d'origine norvégienne Kongsberg fait stand commun avec sa filiale MultiCam. Il y propose notamment des démonstrations de la Kongsberg C24 équipée de la HPMU (High-Power Milling Unit), qui rend possibles les vitesses élevées vantées par l'entreprise. La machine convient pour la découpe et le gravage de matériaux tels que le caoutchouc mousse, le PVC/PS, l'acrylate, l'aluminium, les composites, le MDF et le bois. La C24 est pilotée par l'application logicielle iPC, qui permet à l'utilisateur de déployer plusieurs flux de production. Multicam expose la fraiseuse CNC Apex3R, capable de changer automatiquement d'outil et de traiter une grande diversité de matières, à l'instar de la Kongsberg C24. Pour la Fespa, Kongberg prévoit des démonstrations de la C24 avec la High-Power Milling Unit (HPMU), qui rend possibles les vitesses élevées vantées par l'entreprise. En exploitant toujours plus les possibilités des robots, capteurs et caméras - combinées aux logiciels - les prestataires graphiques et grand format accrochent une tendance déjà à l'oeuvre depuis bien longtemps dans l'industrie manufacturière. Les entreprises éprouvent toujours plus de difficultés à trouver du personnel qualifié et elles doivent réduire leurs coûts de main-d'oeuvre pour rester concurrentielles. Le flux des commandes ressemble par ailleurs toujours plus à un enchaînement de travaux uniques et de courts tirages. L'automatisation doit permettre de décharger le plus possible le client - malgré la complexité croissante des tâches - tout en maintenant les coûts au plus bas. Avec tout l'accent mis sur l'automatisation, la personnalisation et l'innovation, on pourrait s'attendre à voir les fournisseurs de logiciels pulluler au salon. Ce n'est pourtant pas le cas. Les constructeurs dévoilent les possibilités numériques de leurs machines sur des écrans, mais la contribution des développeurs de logiciels indépendants reste marginale. Une poignée seulement de fournisseurs de MIS seront présents à la Fespa, dont Dataline, de nouveau représenté à travers Multipress. Lors de la précédente édition amstellodamoise de la Fespa, l'éditeur belge avait plus ou moins explicitement assumé un rôle de conseil aux entreprises. Son message: les signaléticiens ont intérêt à ne pas uniquement se laisser guider par le prix au mètre carré. Un module de Multipress spécialement destiné au marché du grand format permet de calculer simplement un coût de revient réel. Ce qui ne peut être que bénéfique pour la transparence au sein de l'entreprise et sa rentabilité. Un autre module rend compte dans le détail des heures prestées et du coût des placeurs. Il y aura déjà un peu plus à voir dans le domaine du workflow, notamment chez Caldera, Agfa (voir supra), EFI et Durst. Enfocus, avec son pourtant très pertinent logiciel de flux Switch, ne figure pas sur la liste des exposants. Pour les visiteurs intéressés par l'impression de données variables, une expo "Personalisation Experience" est prévue. Le nom le plus connu est XMPie, à côté de fournisseurs comme Antigro, Kit Builder et Mediaclip. De prime abord, l'e-commerce ne fera pas l'objet d'une attention particulière au salon. Une occasion manquée, car le site Web de la Fespa lui-même annonce une forte croissance du marché du web-to-print pour les prochaines années. Il existe des applications accessibles, et même gratuites pour certaines, qui permettent même à de petites entreprises de mettre en place un site web-to-print. Le sondage Print Census, réalisé sur une échelle internationale par Fespa en collaboration avec Infotrends, révèle pourtant qu'une majorité d'entrepreneurs se montrent très réticents à se lancer dans le Web-to-Print. Côté conception, le nom de CorelDRAW surgit du passé. Avec un grand absent, comme d'habitude, Adobe. Le géant américain du logiciel s'affaire à développer les possibilités de l'intelligence artificielle, dont la génération automatique d'illustrations. Avec à la clé, des perspectives inédites pour le marché LFP. Que l'on soit ou non créatif, n'importe qui peut à présent concevoir une affiche professionnelle ou une banderole. En fait, tout le monde peut désormais concevoir ce qu'il veut. Les possibilités de la signalétique numérique sont par nature infinies. La seule limite est celle de l'imagination. Un certain nombre d'intervenants prendront la parole à Personalisation Experience pour traiter du thème de l'IA. On est curieux de voir ce que les participants à la Fespa montreront dans ce domaine. L'agencement définitif de l'espace d'exposition n'était pas encore connu au moment de la rédaction de cet article. On peut toutefois s'attendre à ce que le thème de la durabilité soit extrêmement présent dans les expressions. Le développement durable est depuis quelques années un thème central dans le monde du grand format. Des encres à écosolvant Streamline de Sun Chemical aux complexes sans PVC d'Antalis en passant par les supports recyclables de Sappi, une multitude de produits seront proposés dans ce domaine à la Fespa. Outre les matériaux recyclables, un sujet d'attention croissante est le réemploi des matériaux. Cette dernière évolution est tributaire de la coopération avec les designers, qui doivent faire les bons choix à cet égard. Pour un marché pas particulièrement stigmatisé pour son impact sur l'environnement, les efforts déployés par les fournisseurs et les producteurs peuvent être qualifiés de remarquables. La démarche est sensée, car les initiatives des entreprises en matière de développement durable seront épluchées avec toujours plus d'attention dans un avenir proche. Les signaléticiens et les revendeurs ont ainsi l'opportunité de se profiler comme des entreprises écoresponsables. Toujours selon le Print Census précédemment évoqué, 72% des acheteurs d'imprimés attendent de leurs fournisseurs qu'ils soient écoresponsables et leur proposent des produits respectueux de l'environnement. Les investissements dans le développement durable peuvent donc, en principe, s'amortir rapidement. Produire durable, c'est anticiper l'avenir. Entre l'automatisation et les promesses de gains d'efficacité, la Fespa reste le salon de la diversification. Les visiteurs à la recherche de la solution parfaite à un problème spécifique risquent de ne plus s'y retrouver. Mais le contraire serait étonnant pour une Fespa. Le fil directeur est à chaque fois l'inspiration et les possibilités de création permettant de se démarquer en tant qu'entreprise. Il sera intéressant de voir si l'évènement amstellodamois y parvient cette fois encore.