Les joyaux de Sonderegger

Après un vol sans histoire entrecoupé d'une sieste réparatrice, nous grimpons dans le bus qui nous conduit directement à notre première escale. À savoir chez Sonderegger, spécialiste du façonnage et de l'ennoblissement, qui nous rappelle d'emblée que le label "Swiss Made" n'est pas un slogan creux. Le CEO Bruno Sonderegger nous accueille le plus chaleureusement du monde avant de nous submerger d'un véritable tsunami de superbes réalisations et autres projets de très haute volée. Sonderegger excelle dans la finition d'imprimés de prestige et est réputé pour ses coffrets de présentation et emballages destinés à des clients dans le segment du luxe. L'entreprise n'imprime rien elle-même, mais se focalise exclusivement sur un large éventail de techniques d'embellissement, allant de la découpe au laser ou à la forme au gaufrage en passant par le pliage et le collage d'authentiques joyaux défiant l'imagination. Spécialité de la maison: la fabrication d'étuis en carton compact à rainures en V, donnant des angles parfaitement droits et rectilignes et associant solidité et apparence luxueuse.
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Après un vol sans histoire entrecoupé d'une sieste réparatrice, nous grimpons dans le bus qui nous conduit directement à notre première escale. À savoir chez Sonderegger, spécialiste du façonnage et de l'ennoblissement, qui nous rappelle d'emblée que le label "Swiss Made" n'est pas un slogan creux. Le CEO Bruno Sonderegger nous accueille le plus chaleureusement du monde avant de nous submerger d'un véritable tsunami de superbes réalisations et autres projets de très haute volée. Sonderegger excelle dans la finition d'imprimés de prestige et est réputé pour ses coffrets de présentation et emballages destinés à des clients dans le segment du luxe. L'entreprise n'imprime rien elle-même, mais se focalise exclusivement sur un large éventail de techniques d'embellissement, allant de la découpe au laser ou à la forme au gaufrage en passant par le pliage et le collage d'authentiques joyaux défiant l'imagination. Spécialité de la maison: la fabrication d'étuis en carton compact à rainures en V, donnant des angles parfaitement droits et rectilignes et associant solidité et apparence luxueuse. Toute la culture d'entreprise de Sonderegger est ainsi empreinte de créativité. "L'essentiel est de rester curieux. Et en permanence en mouvement. Trop de designers restent scotchés à leur ordinateur. L'inspiration ne se trouve pas sur Pinterest ou Instagram. Il faut sortir de chez soi. Rencontrer les gens, s'imprégner d'art et admirer l'architecture", s'enthousiasme Bruno Sonderegger. Cette ouverture à la créativité et l'horizontalité de l'organisation sont typiques de cette entreprise suisse. "En théorie, je suis le directeur général. Mais sur la machine, c'est le conducteur, le patron." L'aspect le plus difficile selon Sonderegger est la vente. "Trouver les bons clients pour notre technologie n'est pas une mince affaire. D'où l'extrême importance de réaliser des prototypes précis. Une fois que le client a pu visualiser le résultat, le budget est souvent moins un problème." L'ingrédient magique dans la formule à succès de Sonderegger est sa capacité à automatiser un grand nombre des tâches manuelles intervenant dans la production de ce type d'imprimé exclusif, et ce sans y sacrifier une once de qualité. Quitte à devoir bidouiller les machines pour les transformer en équipements uniques. "Nous avons ici des machines qui ne servent qu'une fois par an, mais dont nous avons besoin pour une opération spécifique", confesse Bruno. Et la raison est simple. La Suisse, tout comme la Belgique, est confrontée à des coûts salariaux particulièrement élevés, qui rendent impayables les produits exigeant trop d'interventions manuelles. Quittant le monde créatif de Sonderegger, nous nous rendons chez Zünd, fabricant de premier plan de solutions de découpe numérique. Zünd emploie plus de 500 personnes dans le monde, a réalisé un chiffre d'affaires de 164,4 millions d'euros en 2022 et revendique un parc installé de plus de 1 200 tables de découpe. En Belgique, l'entreprise dénombre 276 systèmes de la troisième génération, sans compter les machines plus anciennes. 98% de son chiffre d'affaires est réalisé à l'étranger, le secteur du Sign & Display se taillant la part du lion. Ses autres domaines d'application se trouvent dans les industries de l'emballage, du cuir et du textile, et le façonnage de matériaux composites. Olivier Zünd, le CEO, souligne que toutes les machines sont assemblées exclusivement sur commande et que 65% de leurs composantes sont issues d'une fabrication locale. En travaillant avec des fournisseurs proches de l'usine, Zünd entend s'assurer en permanence une qualité élevée tout en maintenant une indépendance suffisante par rapport à des partenaires essentiellement asiatiques. Nous sommes ensuite remorqués à travers le siège de Zünd, à Altstätten, qui est par ailleurs le tout premier bâtiment industriel à énergie passive de Suisse. Plusieurs démos de solutions logicielles entièrement maison nous sont présentées. En plus de son large assortiment d'équipements, le constructeur propose aussi une panoplie d'outils logiciels comme Zünd Cut Center (centre de commande), Zünd Connect (outil de surveillance), Zünd Design Center (plug-in Adobe Illustrator pour la création 3D d'emballages et de présentoirs d'un seul tenant ou multiparties), Zünd Precut Center (préparation et sortie des données de découpe), MindCUT Studio (outil modulaire pour les différentes phases du traitement du textile et du cuir) et PrimeCenter (gestion de production & automatisation). Nous pouvons voir diverses machines à l'oeuvre, dont la toute nouvelle Q-line, avec ses têtes de découpe aux accélérations fulgurantes (2,1 g) permettant d'atteindre une vitesse de production de 2,8 m/s. Avant de monter dans le bus, nous faisons encore connaissance via Teams avec Jacob Hansen, de Robotic Solutions. Robotic Solutions est le distributeur de Zünd dans les pays scandinaves et aussi l'entreprise derrière les bras robotisés qui assurent, par exemple, le déchargement automatique des pièces découpées, permettant aux machines de Zünd d'opérer en toute autonomie. Après une bonne nuit de sommeil, nous nous retrouvons tous pour une visite chez swissQPrint. SwissQPrint est une entreprise familiale indépendante à capitaux privés, qui fabrique des imprimantes LED UV à plat haut de gamme. Elle se distingue de la concurrence par son attachement inconditionnel à la précision, à la robustesse, à la performance et à une fiabilité toute helvétique. Elle a installé plus de 1 800 machines dans le monde, dont la Nyala, qui est de loin le modèle le plus populaire en Europe. SwissQPrint elle aussi porte haut le flambeau du "Swiss Made". 90% de ses pièces de machine sont fabriquées en Suisse et 80% de ses fournisseurs sont établis dans la Confédération - de préférence, dans le voisinage direct. La motivation à la base est de conserver une certaine indépendance par rapport aux fabricants et constructeurs d'Extrême-Orient, mais aussi de tenir à l'oeil la qualité des composants livrés. Le fait que cette approche contribue par ailleurs à limiter l'empreinte carbone est également apprécié à sa juste valeur. SwissQPrint accorde une place centrale à l'humain et à l'environnement. L'immense bâtiment est chauffé sans combustible fossile ; l'espace de production est entièrement baigné de lumière naturelle et les lieux respirent la paix et la sérénité. SwissQPrint aura par ailleurs fait preuve d'une ouverture remarquable tout au long de notre visite. Rien ne nous a été caché des différentes étapes de l'assemblage et nous avons même pu jeter un oeil dans le laboratoire aux encres. Le fabricant y soumet chaque lot fabriqué à une batterie de tests, portant notamment sur la viscosité, l'intensité des couleurs, le séchage, la tension de surface et la tenue à la lumière. Le labo dispose aussi d'un "drop watcher", un appareil de mesure servant à observer la formation des gouttelettes. Si celle-ci n'est pas pure, il en résultera un manque de netteté au niveau du texte et des traits. SwissQPrint met aussi au point ses propres encres, comme les "néons" fluorescentes destinées à la nouvelle Kudu, dernière-née de la famille des imprimantes à plat swissQPrint. Le chapitre swissQPrint est clôturé par Beat Kneubühler, de dpsuisse, pendant helvétique de Febelgra. Beat brosse un tableau, par moment assez sombre, de l'industrie graphique en Suisse: baisse d'au moins 50% de la consommation de papier, handicap salarial de 30 à 35% par rapport à d'autres pays, chute alarmante des tirages et contraction du marché de l'impression rotative coldset et heatset. Avec la cerise sur le gâteau: un "print bashing" infondé de la part de politiciens locaux, qui chargent une fois de plus le papier de tous les maux. Au-delà des parallèles pouvant être établis avec notre propre secteur graphique, le discours de Beat jette comme un froid dans le groupe. La tendance baissière dans notre secteur n'est pas neuve et bon nombre d'entreprises graphiques de production sont tournées vers l'avenir. L'accent est mis désormais sur le déploiement de solutions innovantes et la mise en oeuvre de nouvelles technologies. La deuxième journée se clôture par une visite de Balleristo, marque du groupe de presse BVD Druck+Verlag AG, au Liechtenstein. L'entreprise a opéré voici dix ans la transition de l'imprimé purement commercial vers l'impression d'objets non plano. Balleristo est aujourd'hui spécialisée dans la personnalisation (texte, logos ou images) de toutes sortes d'objets tels que des ballons de foot ou de basket, des gourdes ou des valises. L'entreprise possède sa propre boutique en ligne, qui injecte directement les commandes dans le flux de production. Balleristo imprime quelque 60 000 gourdes et jusqu'à 20 000 balles ou ballons par an. Ce qui peut même monter à 3 000 à 4 000 gourdes par jour en période de pointe. Celles-ci sont produites sur des imprimantes jet d'encre "direct-to-object" Omnifire d'Heidelberg - un modèle qui ne figure plus dans la gamme du constructeur et dont Balleristo a eu le flair d'intercepter les derniers exemplaires. L'opportunité nous est donnée de les voir en pleine production. Après cette journée bien remplie, le seuil d'absorption est atteint chez la plupart d'entre nous et un moment de détente est bienvenu. Nous dînons ce soir-là dans un restaurant ultrasympa où il fait bon fraterniser autour d'une bière fraîche ou d'un bon verre de vin. Arrive le vendredi, dernier jour de notre voyage d'études. La matinée nous laisse malgré tout amplement le temps de rendre une visite très appréciée à Bubu, atelier de brochage riche de 80 ans d'histoire. Touchée elle aussi par la baisse des tirages, l'entreprise s'est mise en quête de nouvelles applications. C'est ainsi que "Bookfactory" a été créée en 2004. Cette plate-forme de commerce en ligne est dédiée à l'impression d'albums photo et d'autres produits dérivés. Bubu se profile par ailleurs comme un prestataire dans le segment des livres ""one off" (exemplaires uniques), avec la production notamment de livres pour enfants ou de recueils de recettes personnalisés. En 2010, l'entreprise s'est lancée dans l'archivage de documents pour le compte de tiers. Une activité "moins sexy", concède Thomas Freitag, CEO de Bubu, mais néanmoins un beau complément, qui génère 11% du chiffre d'affaires actuel. Les activités au sein de Bookfactory en représentent 28%, pour un total de 450 000 produits personnalisés. Le brochage proprement dit prend toujours à son compte 58% du chiffre d'affaires, pour un chiffre impressionnant de 2 à 2,5 millions de livres reliés par an. Ici aussi, on a du mal à trouver un personnel qualifié et financièrement abordable. "Produire en Suisse est devenu cher. En outre, il est difficile de motiver les jeunes à un métier comme la reliure. Nous devons évoluer et organiser notre production en mettant davantage l'accent sur l'humain", dit Thomas Freitag. Bubu emploie actuellement une grosse centaine de personnes originaires de plus de treize pays différents, dont 70% sont occupées en production. Plus de la moitié sont des femmes. Chez Bubu aussi, nous notons un fort ancrage local et une attention explicite pour l'environnement. "Nous travaillons de préférence avec des partenaires locaux et régionaux ; nous sommes certifiés FSC et nous investissons dans une économie circulaire et dans l'optimisation énergétique de notre infrastructure." Après la présentation de Thomas Freitag, nous nous rendons sur le terrain et voyons ici aussi les portes de la production s'ouvrir en grand. Bubu a ceci de singulier qu'elle gère deux flux de production en parallèle: un industriel et un numérique. "Nous avons déjà essayé de les faire converger, mais peine perdue. Les deux applications sont trop différentes", schématise Thomas Freitag. Ce qui se remarque une fois dans le hall de production. Avec d'un côté des systèmes d'impression numérique pour les petits tirages et la reliure manuelle des livres personnalisés, et de l'autre des lignes de brochage entièrement automatisées pour le façonnage de livres cartonnés. Nous naviguons entre, à travers voire sous les machines pour finalement atterrir dans le "Bindorama" de Bubu, une sorte de nirvana créatif rassemblant plus de 2 200 livres reliés et offrant une manne d'idées pour les designers et les éditeurs. La bibliothèque de Bubu peut être consultée en ligne sur www.bubu.ch. C'est ainsi saturés de mille et une impressions et nantis de magnifiques blocs-notes superbement reliés que nous disons au revoir à Bubu et entamons le voyage de retour. Tout le monde s'accorde sur un point: ces trois jours ont passé à vitesse grand V. Le programme fut intense, certes, mais extrêmement varié et le voyage en valait absolument la peine.